Il faut voir les films de Bela Tarr, ai-je lu quelque part. Et je suis bien d’accord, les films du réalisateur hongrois, complexes, offrant de très belles occasions pour faire fonctionner ce merveilleux outil dont nous sommes tous dotés qu’est le cerveau, occasions qui ne nous sont données, bien sûr, que lorsqu’on entreprend ces derniers totalement vierge du savoir des autres.
Il faut voir les films de Bela Tarr, disait donc quelqu'un quelque part, mais faut-il pour autant écrire dessus, quand, comme moi, on ne les aborde que de manière totalement intuitive? C’est qu’à tout ignorer de ce qui a été dit et écrit sur eux par la presse spécialiste, on pourrait, en rédigeant des billets qui ne seraient que le produit d’une réflexion strictement personnelle, nettement amoindrir, voire mal interpréter, l’œuvre du génial cinéaste. Ce qui, avouons-le, serait fort regrettable puisqu’en agissant ainsi on ne la servirait pas. Mais en même temps, ne la desservirait-on pas aussi, si, pour éviter la honte d’un billet « léger », vanité quand tu nous tiens!, on se taisait, l’artiste, quel qu'il soit, ayant, il me semble, toujours besoin d’échos, d’échos favorables ou non, pour pouvoir poursuivre sa route?
Et puis, pour oser ce billet, que j’ai finalement commis, il y avait encore la phrase de Dostoïevski qui disait qu’il valait mieux entendre une bêtise originale qu’une vérité mille fois dites et bien sûr, la très forte envie de laisser une trace, sur ce blog, d’un fabuleux film que j’avais vu entièrement entouré des bras de ma belle.
Disons-le de suite, ce billet sera plus court qu‘à l‘accoutumée. Et pour cause, j’ai dû laisser de côté le Bela Tarr théoricien de son art, car nul doute qu’ici, dans ces Harmonies Werckmeister qu’il tournait en l’an 2000, il l’a bel et bien été puisque ce film, dont l’action est déjà insituable, et cela même si les paysages désolés et détrempés de pluie dans lesquels elle se déroule évoquent plus l’Europe de l’Est que celle de l‘Ouest - mais les évoquent-ils vraiment, où ne sont-ils qu’un décor pour renforcer la tonalité mélancolique et désespérée du film? - semble gérer le temps d‘une manière qui lui est propre, à vrai dire comme s’il n’était pas celui que l’on perçoit généralement dans une salle de cinéma, les scènes qui le composent, en plus de ne pas avoir de franche continuité entre elles, semblant parfois trainer en longueur, au point du reste de provoquer un malaise tant elles s’attardent, tant elles insistent à montrer des actes que le spectateur aura depuis longtemps assimilés achevés - je pense notamment à l’interminable passage de la remorque qui contient la baleine morte, comme je pense encore à la non moins interminable ballade que János et Eszter vont entreprendre afin de sauver leur ville de la barbarie.
Cela dit, je me moque un peu de cette théorie sur le temps employé au cinéma, toute innovante et séduisante soit-elle, car mon temps à moi ne se mesure qu’à celui qui me reste à vivre. Et puis, mon goût à moi, ma préférence à moi, comme dirait le chanteur, va aux gens ou plutôt à ce qu’ils véhiculent. Et j’avoue qu’avec János Valushka, le principal personnage de ces Harmonies Werckmeister, j’ai été amplement servi.
C’est que ce type m’a plu de suite. Car il est l’homme fondamentalement bon, comme pouvait l’être le prince Mychkine de ce bon vieux Fédor. Du reste, c’est cette même infinie bonté, un peu naïve et totalement désintéressée, qui pousse ce héros qui n’en pas vraiment un à faire exécuter par une bande d’ivrognes une scène qui, si elle peut leur paraitre totalement ridicule à leur faire singer l’univers, la rotation de la terre autour du soleil et la rotation de la lune autour de la terre, va néanmoins leur faire comprendre qu’ils sont eux aussi, malgré leur marginalité, partie intégrante et harmonieuse de l’univers, partie harmonieuse de l’univers en effet car sous les couches de crasse apparaissent alors des visages illuminés de belle humanité, et que leur chaos personnel, fruit du chaos universel ou de la malchance, n’est que passager, comme peut l’être une éclipse de soleil, János, le bon, n’ayant pas oublié d’inclure dans sa pantomime le phénomène longtemps redouté à tort.
Comme c’est la même bonté innée et sans calcul qui va inciter ce gentil homme à prendre soin d’Eszter bien que ce musicologue réputé ne mériterait pas tant d’attentions de sa part à tenter de prouver depuis son piano que l’harmonie n’appartient qu’à Dieu et à Lui seul, l’harmonie, dont la musique est faite, n’étant atteinte que grâce un tour de passe-passe mathématique inventé au 17ème siècle par le théoricien Andreas Werckmeister. Au passage, je dirais bien de cette séquence, qui nie toute essence divine à la musique, qui renvoie l’homme à encore un peu plus de solitude et de disharmonie, la passerelle céleste n’étant que le produit d’une cervelle futée, qu’elle répond de façon négative à une scène que l’on trouve dans un film d’Andrei Tarkovski : « La musique, elle, qui procède le moins du réel, touche au fin fond de l’âme. Qui a fait qu’il en soit ainsi? » disait en effet son Stalker, son « qui » évoquant Dieu.
Cela dit, si János Valushka me plait bien avec sa bonté naturelle et la foi qui l’habite, car nul doute que celui-ci croit fermement en Dieu - n’est-il pas en effet le seul habitant de cette ville qui ait eu le courage d’affronter cette baleine géante que l’on a exposée sur la grand place, sa foi le protégeant de la mort, de cette mort qu’elle est avant tout? De plus, à connaître ce repos de l’âme que d’autres iront chercher dans la destruction, la ruine pouvant elle aussi l’offrir dans la mesure où, toutes choses étant détruites, il n’y a plus rien à faire ni à penser, pour se rendre compte, en définitive, qu’ils auront tout entrepris en vain, la peur du néant de la mort, soit exactement ce qu’ils voulaient fuir, les rattrapant, le spectacle donné par un vieil homme décharné debout dans une baignoire à évoquer la mort prochaine et inéluctable, la leur rappelant, n’est-il pas aussi ici le seul qui puisse dire au petit prince, à ce petit prince qu’on ne verra certes jamais mais dont on peut quand même dire qu’à prôner l’anéantissement il relève des ténèbres, qu’il est celui qui sait puisque, miracle de la foi, pour lui la mort n’est pas la fin de tout? - c’est également parce que cette bonté qu’il donne sans compter agit sur lui comme un véritable piège.
Du reste, à assister son prochain, sa compassion l’y incitant, et à constater l’ampleur du mal qui régit ce monde foncièrement méchant, chaque geste de sollicitude qu’il commet l’y contraignant et pour cause la charité ne se donne qu’en se frottant au malheur, János, comme le prince Mychkine, deviendra fou. Certes, sa folie remettra Eszter sur la voie de l’amour et de l’harmonie avec autrui puisqu’il décidera de le protéger, de le protéger comme un père le ferait pour un fils malade, mais bon sang, comme il en prend un coup, ici, l’homme faible défendu par ce cher Andrei Tarkovski, puisque János, parangon d’homme faible à n’être que bonté et candeur, plie plie plie pour finir par se rompre lui aussi.
Il faut voir les films de Bela Tarr, disait donc quelqu'un quelque part, mais faut-il pour autant écrire dessus, quand, comme moi, on ne les aborde que de manière totalement intuitive? C’est qu’à tout ignorer de ce qui a été dit et écrit sur eux par la presse spécialiste, on pourrait, en rédigeant des billets qui ne seraient que le produit d’une réflexion strictement personnelle, nettement amoindrir, voire mal interpréter, l’œuvre du génial cinéaste. Ce qui, avouons-le, serait fort regrettable puisqu’en agissant ainsi on ne la servirait pas. Mais en même temps, ne la desservirait-on pas aussi, si, pour éviter la honte d’un billet « léger », vanité quand tu nous tiens!, on se taisait, l’artiste, quel qu'il soit, ayant, il me semble, toujours besoin d’échos, d’échos favorables ou non, pour pouvoir poursuivre sa route?
Et puis, pour oser ce billet, que j’ai finalement commis, il y avait encore la phrase de Dostoïevski qui disait qu’il valait mieux entendre une bêtise originale qu’une vérité mille fois dites et bien sûr, la très forte envie de laisser une trace, sur ce blog, d’un fabuleux film que j’avais vu entièrement entouré des bras de ma belle.
Auprès de ma Belle
Qu'il fait bon, fait bon, fait bon,
Auprès de ma Belle
Qu'il fait bon dormir.
Disons-le de suite, ce billet sera plus court qu‘à l‘accoutumée. Et pour cause, j’ai dû laisser de côté le Bela Tarr théoricien de son art, car nul doute qu’ici, dans ces Harmonies Werckmeister qu’il tournait en l’an 2000, il l’a bel et bien été puisque ce film, dont l’action est déjà insituable, et cela même si les paysages désolés et détrempés de pluie dans lesquels elle se déroule évoquent plus l’Europe de l’Est que celle de l‘Ouest - mais les évoquent-ils vraiment, où ne sont-ils qu’un décor pour renforcer la tonalité mélancolique et désespérée du film? - semble gérer le temps d‘une manière qui lui est propre, à vrai dire comme s’il n’était pas celui que l’on perçoit généralement dans une salle de cinéma, les scènes qui le composent, en plus de ne pas avoir de franche continuité entre elles, semblant parfois trainer en longueur, au point du reste de provoquer un malaise tant elles s’attardent, tant elles insistent à montrer des actes que le spectateur aura depuis longtemps assimilés achevés - je pense notamment à l’interminable passage de la remorque qui contient la baleine morte, comme je pense encore à la non moins interminable ballade que János et Eszter vont entreprendre afin de sauver leur ville de la barbarie.Cela dit, je me moque un peu de cette théorie sur le temps employé au cinéma, toute innovante et séduisante soit-elle, car mon temps à moi ne se mesure qu’à celui qui me reste à vivre. Et puis, mon goût à moi, ma préférence à moi, comme dirait le chanteur, va aux gens ou plutôt à ce qu’ils véhiculent. Et j’avoue qu’avec János Valushka, le principal personnage de ces Harmonies Werckmeister, j’ai été amplement servi.
C’est que ce type m’a plu de suite. Car il est l’homme fondamentalement bon, comme pouvait l’être le prince Mychkine de ce bon vieux Fédor. Du reste, c’est cette même infinie bonté, un peu naïve et totalement désintéressée, qui pousse ce héros qui n’en pas vraiment un à faire exécuter par une bande d’ivrognes une scène qui, si elle peut leur paraitre totalement ridicule à leur faire singer l’univers, la rotation de la terre autour du soleil et la rotation de la lune autour de la terre, va néanmoins leur faire comprendre qu’ils sont eux aussi, malgré leur marginalité, partie intégrante et harmonieuse de l’univers, partie harmonieuse de l’univers en effet car sous les couches de crasse apparaissent alors des visages illuminés de belle humanité, et que leur chaos personnel, fruit du chaos universel ou de la malchance, n’est que passager, comme peut l’être une éclipse de soleil, János, le bon, n’ayant pas oublié d’inclure dans sa pantomime le phénomène longtemps redouté à tort.
Comme c’est la même bonté innée et sans calcul qui va inciter ce gentil homme à prendre soin d’Eszter bien que ce musicologue réputé ne mériterait pas tant d’attentions de sa part à tenter de prouver depuis son piano que l’harmonie n’appartient qu’à Dieu et à Lui seul, l’harmonie, dont la musique est faite, n’étant atteinte que grâce un tour de passe-passe mathématique inventé au 17ème siècle par le théoricien Andreas Werckmeister. Au passage, je dirais bien de cette séquence, qui nie toute essence divine à la musique, qui renvoie l’homme à encore un peu plus de solitude et de disharmonie, la passerelle céleste n’étant que le produit d’une cervelle futée, qu’elle répond de façon négative à une scène que l’on trouve dans un film d’Andrei Tarkovski : « La musique, elle, qui procède le moins du réel, touche au fin fond de l’âme. Qui a fait qu’il en soit ainsi? » disait en effet son Stalker, son « qui » évoquant Dieu.
Cela dit, si János Valushka me plait bien avec sa bonté naturelle et la foi qui l’habite, car nul doute que celui-ci croit fermement en Dieu - n’est-il pas en effet le seul habitant de cette ville qui ait eu le courage d’affronter cette baleine géante que l’on a exposée sur la grand place, sa foi le protégeant de la mort, de cette mort qu’elle est avant tout? De plus, à connaître ce repos de l’âme que d’autres iront chercher dans la destruction, la ruine pouvant elle aussi l’offrir dans la mesure où, toutes choses étant détruites, il n’y a plus rien à faire ni à penser, pour se rendre compte, en définitive, qu’ils auront tout entrepris en vain, la peur du néant de la mort, soit exactement ce qu’ils voulaient fuir, les rattrapant, le spectacle donné par un vieil homme décharné debout dans une baignoire à évoquer la mort prochaine et inéluctable, la leur rappelant, n’est-il pas aussi ici le seul qui puisse dire au petit prince, à ce petit prince qu’on ne verra certes jamais mais dont on peut quand même dire qu’à prôner l’anéantissement il relève des ténèbres, qu’il est celui qui sait puisque, miracle de la foi, pour lui la mort n’est pas la fin de tout? - c’est également parce que cette bonté qu’il donne sans compter agit sur lui comme un véritable piège.
Du reste, à assister son prochain, sa compassion l’y incitant, et à constater l’ampleur du mal qui régit ce monde foncièrement méchant, chaque geste de sollicitude qu’il commet l’y contraignant et pour cause la charité ne se donne qu’en se frottant au malheur, János, comme le prince Mychkine, deviendra fou. Certes, sa folie remettra Eszter sur la voie de l’amour et de l’harmonie avec autrui puisqu’il décidera de le protéger, de le protéger comme un père le ferait pour un fils malade, mais bon sang, comme il en prend un coup, ici, l’homme faible défendu par ce cher Andrei Tarkovski, puisque János, parangon d’homme faible à n’être que bonté et candeur, plie plie plie pour finir par se rompre lui aussi.
Mais peut-être nous faut il ici prêter moins d'attention à la lente et douloureuse chute de cette jeune femme - et pour cause, sa destinée tragique et celle qu’avait connue le professeur Emmanuel Rath, le principal personnage de l’Ange Bleu, sont strictement identiques, la maison de jeux, cet enfer construit par les autres auprès duquel elle s’abêtira trouvant son exact pendant dans l’antre de sirène de la Lola-Lola du second car non seulement ces deux univers de plaisirs immédiats, théâtres idéaux pour que se joue et se redonne la sempiternelle pièce du triomphe du corps sur la tête, les feront chuter tous deux, mais nous amènent également à repenser, puisque Poppy comme Rath les fréquentent tous deux et cela malgré leur respectabilité et leur éducation irréprochable, que si l’éducation peut barrer la route du vice dans la mesure où elle élève l‘individu, le peaufine, le 
Lors d’un premier visionnage de l’excellent film de Josef von Sternberg, j’avais lu dans cette terrible histoire de vengeance, laquelle éclipsait ou plutôt reléguait Poppy, et l’extrême beauté de Gene Tierney qui la servait, au second plan, une sévère dénonciation du pouvoir, Mother Gin Sling, qui le possédait assurément et qui le possédait même deux fois plutôt qu’une puisque si elle régnait dans son casino à la manière des despotes, elle était également suffisamment forte et puissante pour résister aux attaques du Grand Business, lequel était ici lui aussi dénoncé puisque Sir Guy, qui le personnifiait, sous le prétexte d’assainir Shanghai rachetait et rasait des quartiers entiers de cette ville afin de récolter les loyers des immeubles qu’il y faisait construire, le renvoyant à une méchante illusion, pour ne pas dire à la phrase du poète qui disait 

C’est que, sous le couvert d’un gag style tarte à la crème, le réalisateur, ou plutôt WC Fields, car nul doute qu’ici c’est lui qui tire les ficelles, dénonce ni plus ni moins que le bien-fondé du mariage et même la pertinence du couple, cette violence que commet Amelia sur Harold n’étant, somme toute, que l’expression la plus manifeste de leurs dissensions permanentes, l’une étant depuis toujours attirée par le train de vie confortable de la haute bourgeoisie quand l’autre n’avait fait que rêver au paradis sucré d’une bohème loin de toute civilité, et, bien sûr, ce qui vaut pour ce ménage qui se sera finalement uni en dépit du bon sens, chacun tirant la couverture à soi, le vaut également pour des unions qui n’ont rien de fictionnel celles-là, les profonds désaccords d‘Amelia et d‘Harold étant suffisamment crédibles et élastiques pour qu'ils puissent aisément traverser l'écran.
Du reste, dans cette Riche Affaire, on ne rit jamais franchement ou autrement qu‘avec l‘impression de le faire à ses dépens puisque tout, absolument tout, fonctionne selon ce principe, une pitrerie de clown, à la lecture immédiate et drolatique, cachant toujours une vérité pas bonne à dire. Ainsi, un gag, du genre de ceux qui prennent toute la place car éminemment drôle, éminemment dôle en effet puisqu’on y voit Harold, que sa fille Mildred vient de chasser de l’armoire à glace devant laquelle il se rase, poursuivre ce brin de toilette matinal en se servant d’un tout petit miroir, lequel, à tournoyer, suspendu qu’il est au lustre de sa salle de bains, va l’obliger à prendre des poses toutes plus improbables les unes que les autres, couvre la peu enviable réalité du père qui n’est pas maître chez lui, et de là, car comment y échapper tant WC Fields semble vouloir nous y amener, à la bêtise que commet l’homme à fonder un foyer, l’enfant, irrespectueux et ingrat, comme l’est ici Mildred et comme le sera aussi Norman, le fils n‘ayant rien à envier à son ainée, étant considéré, au même titre que l‘épouse, comme un vrai frein à sa liberté et à son avenir .
Alors, bien sûr, je conçois qu’un tel humour qui avance masqué, tel un iceberg, la pitrerie de clown en formant la partie visible et inoffensive, et la vérité pas bonne à dire, la partie immergée plus traitre, peut largement déplaire et cela d’autant plus que ce manque de frontalité est piquée d’une forte misanthropie. Cela dit, même si je ne considère pas que le monde n’est qu’un vaste bal de casse-pieds et qu’il faille boire outre mesure pour pouvoir l'oublier -
Un fichu chef-d’œuvre en effet et ne serait-ce déjà que pour les qualités de réalisme et de précision, d’engagement et de courage - de courage vraiment car il n’y a ici pas le moindre rond jambe - qu’on y trouve, toutes qualités auxquelles son auteur a eu recours afin de démonter, un par un, tous les rouages d’un vaste complot politique, un par un avec réalisme en effet, puisque les meurtres des juges Varga, Sanza et Rasto, tous trois œuvres d’un pharmacien revanchard car injustement condamné par eux, vont être récupérés, comme cela pourrait se passer dans la vraie vie, par une petite bande de comploteurs, ici, représentée par un lobby militaro-policier avide de pouvoir, pour être utilisés dans les buts, bien sûr, de déstabiliser le gouvernement en place, jugé par eux bien trop laxiste, et de rallier l’opinion publique à leur cause : créer de l’insécurité étant, comme chacun sait, assez idéal pour cela. Du reste, pour eux, que le vent libertaire et gauchisant des années soixante-dix affole véritablement, parvenir à instaurer un tel climat ce n'est même plus une volonté de pouvoir mais une question de survie.



Si l’on peut admettre que le 
Pour Amos Gitai, nul doute donc que son héros se trompe et se trompe doublement puisque sa quête, sa très longue quête, est aussi vaine qu’orientée, une difficile crise identitaire à résoudre s’étant au fil du temps substituée à l’honnête devoir de mémoire à accomplir. Mais il y a ici, à mon sens du moins, quelque chose de bien plus important que cela, c’est cette ferme volonté de dire qu’on ne sert pas les martyrs comme les survivants d’Auschwitz en remuant sans cesse ce pourquoi ils ont été niés, ce que Victor Bastien fait assurément lorsqu’il questionne sa mère sur ce qu‘elle fut pendant la guerre, ce que ne fera jamais son épouse à ne s’intéresser qu’à ce qu’elle fut avant et après la guerre. Du reste, si Rivka ne confie rien de son douloureux passé à son fils, ce n’est pas tant la pudeur qui l’en empêche que le désir bien légitime d’être perçue pour ce qu’elle est réellement : son enfance russe, la mère qu’elle est et qu’elle restera jusqu’à son dernier souffle, son amour pour les belles choses et les infusions de Darjeeling prises à cinq heures entre amis. Comme il y a encore chez ce cinéaste une très forte envie de contracter l’Histoire du génocide à la leçon que l’on peut et doit en tirer pour que :